mercredi 25 mars 2015

ISKN, la start-up qui fait le lien entre objets physiques et monde numérique



Alors que les produits numériques, déjà si nombreux, et parfois pas toujours utiles, envahissent notre quotidien, une start-up grenobloise, ISKN, nous propose une "ardoise", la Slate, et un stylo, qui plus est fabriqués à 98% dans la région Rhône-Alpes ! Mais quelle ardoise et quel stylo, serions-nous tentés d'ajouter tant le binôme qu'ils forment n'a pas fini de vous étonner ! Vous rêviez en effet de pouvoir numériser vos notes, vos croquis et vos dessins ? L'équipe de la petite grenobloise qui ne cesse de grandir vous permet dès à présent de donner une existence numérique à vos créations sur papier. Et ce n'est qu'un début. Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter Jean-Luc Vallejo, l'un des trois co-fondateurs de cette entreprise dont il est le président, vous expliquer que la mission de celle-ci est d'enrichir et de faciliter l'interaction des objets physiques avec le numérique, ces deux mondes étant voués bientôt selon lui à n'en faire plus qu'un. Retour sur l'émergence d'une start-up qui vient tout juste de souffler sa première bougie.


De gauche à droite : Jean-Luc Vallejo, Timothée Jobert et Tristan Hautson, les trois co-fondateurs d'ISKN
crédits : iskn I kwk-photography

Chacun de nous s'est un jour posé la question de savoir comment émerge une idée dans l'esprit d'un crCéateur, avec peut-être le secret espoir, du moins pour certains, de découvrir une supposée recette. Pour Timothée Jobert, co-fondateur d'ISKN, c'est dans un canapé où il était assis que cette idée est venue taquiner ses neurones. L'idée d'interagir sur son média numérique directement à partir de l'accoudoir du canapé, juste en passant la main sur celui-ci, alors que la télécommande n'est pas à portée de main. Il n'en faut alors pas plus à ce spécialiste de l'usage, au parcours assez atypique puisqu'il a fait un doctorat d'histoire contemporaine avant de s'intéresser à la capture du mouvement chez Movea, une autre start-up grenobloise, pour imaginer une hypothétique bague qui, passée autour de son doigt, permettrait de tracer son déplacement dans l'espace. "Il lui suffit d'être aimantée", pense-t-il aussitôt. Auquel cas il faudrait alors utiliser un dispositif sachant détecter une déformation ponctuelle du champ magnétique terrestre. Or en matière de magnétométrie et de magnétisme, le CEA de Grenoble, et en particulier le Léti, représente l'un des pôles mondiaux du domaine. Le Léti que Jean-Luc Vallejo a intégré dès 2003 pour s'occuper notamment des aspects process et ingénierie de sa plate-forme MEMS (MicroElectroMechanical Systems). Un ingénieur qui a la fibre entrepreneuriale, "depuis l'âge de 18 ans", précise-t-il, et qui va donc faire un Master à Grenoble Ecole de Management (GEM) à la fin des années 2000 avant d'intégrer en tant que chef de laboratoire le Litus (Laboratoire d'Innovation Technologique centré Utilisateurs) au sein du CEA-Leti. "On y préparait les briques technologiques de demain qui allaient être transférées à un industriel ou encore déboucher sur la création d'une spin-off".


Dès décembre 2010, Tristan Hautson, le troisième co-fondateur d'ISKN, le technologue de l'équipe, "le Mozart du système embarqué" comme l'ont surnommé ses deux associés, se met donc à plancher sur l'idée de Timothée Jobert, l'objectif étant de concevoir une matrice de capteurs magnétométriques qui permettrait de détecter le déplacement dans un volume d'un aimant ou d'une bague aimantée, avec une forte contrainte de coût sachant qu'il s'agit de créer un produit destiné au grand public. En avril 2011, un premier démonstrateur composé de 64 capteurs est opérationnel et permet de suivre un aimant se déplaçant dans un volume jusqu'à 30 cm de hauteur. Très rapidement, l'aimant est placé autour d'un stylo. "On s'est aperçu alors que la résolution était telle que ce qui était numérisé en temps réel sur l'écran était très proche de ce que nous écrivions sur une feuille de papier à partir d'un stylo embarquant un aimant", se rappelle Jean-Luc Vallejo. D'étonnants résultats obtenus en moins de quatre mois alors que les trois compères estimaient qui leur en faudrait dix-huit. Quatorze mois d'avance sur leur roadmap initiale qu'ils vont mettre à profit pour développer d'autres démonstrateurs, les affiner, tout en commençant à s'intéresser au type de marchés que cette technologie pourrait intéresser. Menée pendant plus d'une année, une veille technico-économique et stratégique dans le monde l'écriture traditionnelle va les conduire à s'orienter vers la numérisation d'écriture manuscrite sur papier où ils constatent qu'il existe deux technologies concurrentes qui présentent la particularité d'utiliser des stylos qui sont de véritables concentrés de technologies, contrairement au choix d'ISKN qui mise sur un stylo simple ne coûtant que quelques euros. "Dès lors nous pouvions intéresser de gros acteurs de l'écriture comme Bic, Pilot, Parker... qui cherchent à faire du volume à bas coût, sans pour autant bouleverser leur coeur de compétences que sont la plasturgie, la chimie des encres et la mécanique de précision ", note le président d'ISKN


La Slate, une "ardoise" de 400 grammes contenant 32 magnétomètres chargés d'évaluer les champs magnétiques locaux, dont celui généré par l'anneau aimanté qui équipe les stylos fournis par le fabricant    Crédits : iskn I kwk-photography

Restait alors à voir qui pouvait être intéressé par le papier et l'encre qui y est déposé au siècle de la tablette numérique. Evidemment les artistes, les créatifs, les designers et tous ces gens, et ils sont nombreux, qui esquissent les premiers traits de leurs projets sur une feuille de papier et qui souhaiteraient sans doute disposer de ces premiers traits au format numérique, histoire de pouvoir ensuite les retravailler. Or aux Etats-Unis, il existe une communauté, celle du sketchnoting, "qui aime le papier et utilise 4 couleurs pour prendre des notes rapidement", rappelle Jean-Luc Vallejo. Dans ces conditions, pourquoi ne pas imaginer un produit à destination de cette population pour laquelle la mobilité est importante. Et le format de la mobilité étant l'A5, proche de l'iPad, entre l'A4 et l'A5, les co-fondateurs décident alors de concevoir ce qui va devenir la Slate, cette "ardoise" qui permet de mixer le papier et le numérique en temps réel, autrement dit "d'offrir le plaisir d'écrire sur du papier tout en proposant les potentialités du numérique". Convaincu de l'intérêt du produit, Jean-Luc, Timothée et Tristan lancent une opération de crowdfunding sur Internet, avec l'objectif de collecter 35.000 dollars en un mois, une somme qui va être atteinte en 24 heures, 350.000 dollars ayant été finalement collectés au bout d'un mois. D'où une plus grande visibilité pour ce projet et la possibilité pour ses porteurs de participer à l'édition 2014 du CES (Consumer Electronics Show) qui se tient chaque année à Las Vegas. Dans la foulée, l'entreprise est officiellement créée en février 2014. Regroupant aujourd'hui près d'une vingtaine de personnes, elle a commencé à livrer les premiers exemplaires de la Slate fin 2014, une "ardoise" de 400 grammes contenant 32 magnétomètres chargés d'évaluer les champs magnétiques locaux, dont celui généré par l'anneau aimanté qui équipe les stylos fournis par le fabricant. A terme, cette famille de stylos, dont les pointes sont classiques, devrait s'agrandir et offrir d'autres types de pointes afin de varier les styles de tracés et de dessins.

La jeune grenobloise qui a attaqué 2015 sur les chapeaux de roues en annonçant une levée de fonds d'un montant de deux millions de dollars ne compte évidemment pas s'arrêter là. "Nous vivons aujourd'hui dans deux mondes, celui des objets physiques et tangibles, dont chacun a une utilité précise, et celui du numérique. Deux mondes qui font appel aux mêmes compétences et aux mêmes envies. D'où notre souhait d'enrichir et de faciliter l'interaction entre les deux alors que nous sommes à l'aube d'un changement de paradigme qui va entraîner la fusion de ces deux mondes", explique Jean-Luc Vallejo. Un monde dans lequel iskn affiche son ambition de devenir le futur standard de la numérisation de l'écriture manuscrite sur papier et l'un des acteurs majeurs dans les interactions homme-machine 3D, "parce que notre technologie le permet", s'enthousiasme le président de cette entreprise qui pourrait doubler ses effectifs courant 2015. L'aventure ne fait donc que commencer pour ISKN et ses 3 co-fondateurs.


Pour en savoir plus, contacts :

ISKN - Jean-Luc Vallejo - Emai : jean-luc.vallejo@iskn.co - http://www.isketchnote.com
Rédacteurs : Jean-François Desessard - email : jfd@adit.fr
Origine : BE France numéro 299 (23/03/2015)

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Je vous invite à regarder la vidéo de présentation disponible sur le site de cette belle "start-up" française en cliquant ici

Merci de votre visite

Richard
F4CZV
73

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